Le Sankarisme est un courant de pensée politique, sociologique et économique fondé sur les idées de Thomas Sankara

QUEL BURKINA en 1983 avant la révolution ?

La HauteVolta, pays de près de 8 millions d’habitants, très pauvre en ressources naturelles, était le fournisseur de main d’œuvre bon marché de toute la sous-région. Son économie dépendait de la vente à l’extérieur de ses produits agricoles et, financièrement, il vivait des aides internationales. Il était donc voué à appliquer les politiques dictées de l’extérieur. Mais…

 QUI ETAIT THOMAS SANKARA ?

Né en 1949, le capitaine Thomas Sankara est arrivé au pouvoir le 4 août 1983. Ce jeune militaire n’a cessé de susciter l’admiration des peuples par sa simplicité. Il se sentait dans la société plus un homme qu’un chef d’Etat. Beaucoup d’Etats lui rendent hommage : le lycée Thomas Sankara à Brazzaville en est un exemple. Les idées de ce jeune Africain sont des chemins tracés pour l’avenir de l’Afrique mais aussi de toute l’Humanité. Il défendait la cause de tous les délaissés du monde : « Je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part (…) Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples« . Thomas parle comme Lumumba, Cabral, Nkrumah, d’indépendance, de liberté des peuples, de solidarité, d’unité de l’Afrique, d’intégrité : « Le bonheur, le développement se mesurent ailleurs sous forme de ratios, de quintaux d’acier par habitant, (…) nous, nous avons d’autres valeurs.« 

A) INDEPENDANCE ET SOUVERAINETE

1. « Fabriquons et consommons burkinabè »

Sankara porte le Faso Dan Fani, en coton local tissé au Burkina, pour utiliser les produits textiles. Le chiffre d’affaires de la branche « cuir et peaux » a doublé en une année grâce au lancement d’opérations « sacs d’écoliers », ou encore « étuis à pistolets ». En 84, 400 tonnes de haricots verts ne peuvent être exportés, le gouvernement a mené campagne pour convaincre les Ouagalais de consommer…des haricots verts. C’est peut-être cela la véritable révolution dont rêve Sankara : vivre la réalité du pays, imaginer des solutions à la portée des Burkinabès, se remettre en cause tous les jours. « Je sais que je ne détiens pas la solution parfaite mais s’il n’y avait que 60% de juste dans ce que je décide, je le ferais. Et là, selon moi, nous sommes au-dessus de ce pourcentage.« 

Naissent une profondeur et une maturité insoupçonnables chez les jeunes : ils n’attendent plus l’assistance étrangère.


2. Souveraineté alimentaire et agriculture
« Il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés. » « Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme, n’allez pas plus loin« . En 4 ans, le Burkina est devenu alimentairement indépendant. Les commerçants de céréales doivent respecter les prix fixés par le gouvernement. Les magasins d’Etat approvisionnent toutes les régions. L’aide aux coopératives amène le groupement des parcelles et permet l’usage des machines. Dans les coopératives, les jeunes, libérés de l’autorité des anciens, sont plus aptes au changement et aux initiatives modernes. Un tel bouleversement dans les habitudes s’est heurté à de fortes résistances : une telle réforme nécessite un effort, une volonté politique et des campagnes de sensibilisation.

« l’aide alimentaire contrarie le développement de notre agriculture.
Nous sommes contre le principe de l’aide alimentaire. Nous l’acceptons, nous la subissons malgré nous. Pour le moment et pour éviter que, de façon sim­pliste, nos ennemis amènent notre peuple a la revendiquer contre nous en lui disant qu’un orgueil mal place nous amène à refuser cette aide alimentaire, nous, les gens des villes, du gouvernement, les mieux lotis. Que nous refusons cette aide pour affamer notre peuple.

Si nous avions davantage la possibilité d’expliquer, nous montrerions que l’aide alimentaire contribue a créer chez nous une mentalité d’assistés, a créer des circuits de spéculation chez nos producteurs, a court-circuiter nos structures de commercialisation des céréales les magasins étant engorges d’aides. A provoquer même indirectement l’enrichissement des commerçants, des intermédiaires. Nous sommes contre l’aide alimentaire, mais jamais nous n’avons dit et jamais nous ne serons contre l’aide en équipements agricoles que nous appelons de tous nos vœux. Aujourd’hui, nous sommes prêts à refuser cent mille tonnes de céréales pour accepter une charrue. » (Source : reportage guy delbrel et marie-laure de decker)





B) ECONOMIE

3.« »Notre développement passe d’abord par la maîtrise de l’eau, puis la création d’une industrie agro-alimentaire capable d’absorber et de conserver les produits agricoles. A quelle vitesse ? A la nôtre. Nous préférons de petites unités à mi-chemin entre l’industrie et l’artisanat. Nous préférons les « teufs-teufs » aux machines électroniques« .  » Nous ne sommes pas opposés à l’entreprise privée qui ne porte pas atteinte à notre honneur, notre dignité, notre souveraineté.« 

« Nous avons de la main-d’œuvre et cela peut être tentant pour des sociétés internationaux de venir installer au Burkina Faso quelques industries de transformation ou des succursales de leurs industries. Et l’on pourra dire, du point de vue statistique, que nous possédons une grande industrie mais en réalité ce sera une industrie contrôlée par des puissances étrangères et des forces capitalistes extérieures au Burkina.

Ce que nous souhaitons faire par contre, c’est intensifier l’agriculture dont l’effet d’entraînement pourra être générateur d’un développement interne, endogène. A titre d’exemple, la conservation et la transformation de la tomate impliquent la réalisation de chambres froides, donc la production de froid artificiel, de même que la fabrication de boîtes et d’emballages sur place, etc. Tout cela donnerait naissance, ici , à une certaine industrie. C’est pourquoi nous ne voulons pas de gros projets de luxe. Nous sommes très méfiants à ce sujet ». Source : Interview réalisé par les envoyés spéciaux : Khaled Mehdaoui (El-Moudjahid) et Kamel Bendimered pour le journal, Algérien El Moudjahid: « compter sur nous-mêmes » (12 mars 1985)


C) ENSEIGNEMENT ET CULTURE

4. Aucun développement n’est possible sans des acteurs instruits. Mais le Burkina est pauvre : »100% du budget ne pourrait même pas suffire à scolariser tous les enfants« . Pourtant, avec l’aide des populations, de 83 à 85, le taux de scolarisation est passé de 16,5% à 20,9% et, en 86, à 24% selon l’Unicef (avant, il augmentait de moins de 1%/an). En 85, il augmente de 16% le nombre d’enseignants. Pendant la saison sèche, il alphabétise les paysans désoeuvrés. On alphabétise en 10 langues du pays et on forme la population sur l’hygiène, la santé de base, la gestion pour les paysans et les commerçants.

5. « Il n’y a pas de société humaine sans culture et de culture sans correspondance avec une société. » Les semaines nationales de la culture, instaurées en 83, se déroulent à tour de rôle dans les villes du pays, ce qui permet la construction de salles de spectacles et de structures touristiques. On assiste à une forte augmentation du nombre de troupes. Sankara ajoute aux arts habituels batik, peinture, sculpture, bronze, tissage, stylisme, lutte traditionnelle, cyclisme amateur, cuisine, coiffure, masques, magie. La télévision offre une large place aux programmes culturels. Toute exportation d’objet culturel reconnu comme spécimen authentique doit être autorisée par la Direction du Patrimoine.

«Nous sommes appelés à créer nos propres institutions, pour un appareil culturel au service de notre peuple, sinon notre lutte ne pourra aboutir, compte tenu de l’influence nocive qu’entraîne l’invasion culturelle dont nous sommes l’objet du côté français essentiellement. La Révolution, dans notre contexte actuel, est avant tout la libération mentale. Et nous devons le faire au plus tôt pour toute victoire.Au niveau du Burkina, nous sommes en train de procéder à une réforme totale de l’éducation, où le problème des langues nationales et de la langue française est au centre des débats. La question n’est pas encore tranchée» Source : Questions au Président Thomas Sankara pour la revue Peuples Noirs Peuples Africains. une interview inédite réalisée le 3 novembre 1985 par Mongo Beti,





D) ENVIRONNEMENT (Déforestation et eau)

On se mobilise aujourd’hui contre le réchauffement climatique et la déforestation ; Sankara s’en inquiétait depuis 86 : »La perturbation impunie de la biosphère se poursuit. (…) Ces engins qui dégagent des gaz propagent des carnages« .

6. 94% de l’énergie venait du bois : « Si l’on mettait bout à bout des charrettes traditionnelles de transport du bois, il ferait 4,5 fois la distance du nord au sud de l’Afrique« . Chaque famille doit planter 100 arbres chaque année pendant 5 ans : en 15 mois, 10 millions d’arbres ont été plantés pour faire reculer le Sahel. Si chaque pays africain agissait ainsi, le combat contre la déforestation serait gagné sans recours à l’Occident ! »Il est interdit d’écrire sur un seul côté d’une feuille« . En 88, un ambassadeur allemand déclarait avoir planté 50 arbres en 3 ans de mission. Pour se marier, on se présente à la mairie avec de jeunes arbres à planter. Promotion du gaz et des foyers améliorés. Il lance « les 3 luttes » : contre la coupe abusive du bois, la divagation des animaux et les feux de brousse. Ces campagnes devaient s’étaler sur nombre d’années…

7. Construction de barrages, de retenues d’eau, aménagement de sites anti-érosifs avec les populations. Une retenue d’eau coûtait 30 millions cfa ; avec la participation des gens et des ONG, ce coût tombe à 12,5 millions. 18 barrages construits en 85, contre 2 en moyenne avant Sankara. Le bilan officiel fait état d’une réalisation du Programme Populaire de Développement de 80% en 86, ce qui est un succès compte tenu de l’ampleur des objectifs.


E) SANTE

8. « Un village, un poste de santé primaire. Mais si on veut assurer des soins entièrement gratuits à chaque Burkinabé, tout le budget de L’Etat y passera sans que satisfaction soit obtenue« (Ministre de la Santé). Les communautés doivent choisir parmi elles un agent de santé et une accoucheuse auxiliaire. On vaccine 2 millions ½ de Burkinabès : l’OMS félicite Sankara. Il éradique la polio, la rougeole et la méningite faisant chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique. Hospitalisation : avec un certificat d’indigence, gratuité totale (paysans notamment). Mise en place de la médecine du travail avec soins gratuits. Des guérisseurs sont consultés à l’hôpital. Le prix des médicaments est uniformisé.


F) LOGEMENT et URBANISATION

9.« Nous tentons de réduire au maximum la différence entre la ville et la campagne en développant en campagne toutes les infrastructures pour rendre agréable la vie en campagne et freiner (…) l’exode rural. ». Les habitations spontanées, c’est-à-dire sans adduction d’eau ni électricité ni évacuation des eaux sales et autres ordures ménagères qui abritaient 60% des habitants couvraient 65% du territoire de la ville. Nul autre gouvernement n’aurait pu se permettre ce qu’a fait celui de Sankara. Au début de la révolution, mobilisée, la population d’un quartier se retrouvait soit pour ramasser les ordures, creuser ou réfectionner les caniveaux, boucher les trous des routes. Puis, ce fut la destruction des quartiers insalubres. 62.000 parcelles ont été distribuées entre 83 et 87, plus qu’entre 60 et 83. Il fallait plus d’un million pour obtenir une parcelle ; depuis la révolution, l’Etat n’exige qu’un dépôt de 25.000cfa pour un coût total de 90.000cfa. Le loyer d’une villa était passé de 40.000 à 160.000cfa entre 72 et 80 : l’Etat impose, dès 84, 60.000 maximum. Un studio est à 7000cfa s’il est muni de l’eau et du courant, 3000 sinon. Dans les nouvelles cités construites parfois loin du centre, la location-vente d’un 3 pièces ne devrait pas dépasser 10.000cfa par mois et tous les logements ont eau potable, téléphone, électricité, évacuation des ordures et des sanitaires. En 87, comparé à Bamako, le progrès accompli à Ouaga était flagrant.





G) LA FEMME

10. « L’émancipation de la femme passe par son instruction et l’obtention d’un pouvoir économique. Le travail au même titre que l’homme, les mêmes droits et devoirs sont des armes contre l’excision et la polygamie, armes que la femme n’hésitera pas à utiliser pour se libérer elle-même et non par quelqu’un d’autre. »


H) Politique Etrangère

11. Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste.
Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture.

Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux.         Source : Discours de Sankara devant l’assemblée générale de l’ONU le 4 octobre 1984

Cet article est très faible dans son explication du Sankarisme, il s’agit ici de vulgariser le Sankarisme nous vous invitons à suivre cette page : Cliquez ici ! pour en connaitre l’étendue

Source : WWW.PANAFRICAIN.TV / APASH / CADTM Brazza /BrunoJaffré

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