La passion de William Kameni pour la terre débute à sa tendre enfance. Son père fonctionnaire à Bafang, pratique l’agriculture pour joindre les deux bouts et nourrir sa famille. Le jeune William, qui n’a pas fait de longues études,selon ses dires, observe son géniteur et prend goût aux travaux champêtres.

En 1997, il s’y investit véritablement. « Les débuts n’ont pas été faciles. Il me fallait avoir la matière grise et les techniques, ce qui fait qu’à mes débuts, j’ai investi dans la documentation, la connaissance et les renseignements », se rappelle William. Sa famille n’ayant pas les moyens financiers, le jeune homme trouve une manière pour se faire un peu d’argent. Il fait une formation en marketing et trouve un travail dans le secteur.

L’argent gagné est investi dans l’agriculture, surtout dans les « renseignements » qu’il appelle phase pratique. William, accompagné de son épouse, va vers des ingénieurs à Douala. Il paie leurs honoraires à partir de 3 000 F. Cfa l’heure pour obtenir le savoir. Il prend des cours auprès d’eux et retourne dans son village pour la phase « expérimental ». A chaque fois, William échoue l’expérimentation. Il reprend, échoue encore et retourne auprès des ingénieurs agronomes. « Ça m’a coûté beaucoup de millions (FRANC CFA).

Je ne peux pas compter les champs de pastèques et de tomates que j’ai échoués, se rappelle le jeune homme. Mais, j’ai toujours cherché à bien connaitre, à maitriser ce que je fais car, si je dépense un million de Francs Cfa pour avoir la connaissance, même avec 10 000 F, je peux réussir sur ce sujet au lieu d’avoir un million et m’engager dans un sujet que je ne maitrise pas ».

De 100 000 F. Cfa à plus de 12 millions

Malgré ces échecs, le jeune William n’a qu’un objectif: acquérir la connaissance agricole qui lui donnera l’assurance qu’il mettra quelque soit le temps mis, en pratique. En bref, il veut par tous les moyens financiers possibles, « avoir la tête bien pleine ». « Si je connais que 1+1=2.Même en pleine nuit, si tu me réveilles, je vais te le dire et si tu me dis que c’est 3, je te dirai que c’est un mensonge ». D’ailleurs, ce têtu comme il se définit, n’a jamais aimé travailler pour quelqu’un. Il a toujours voulu être son «propre chef ».

Entre ses aller et retour auprès des ingénieurs et ses expérimentations, William finit par maitriser certains rudiments de la terre. Ayant constaté que la culture réussissait à Douala, le cultivateur y débarque, avec femme et enfant.

William commence avec 100 000 F. Cfa en poche et moins de 3 000 m2 de superficie au quartier Ndogpassi en 2007. Son épouse et lui travaillent de 6 h à 20 h, sans repos parfois. Même la naissance de leur petite fille qui a six ans aujourd’hui ne les empêche pas de continuer à travailler dur. Les deux jeunes mettent leur enfant à l’ombre, sous un parasol, pour semer, bâcler et récolter. « Certaines personnes ont surnommé l’enfant ‘’bébé parasol’’. On cultivait les légumes, le piment et le maïs », raconte le cultivateur.

Qui précise que les produits récoltés étaient vendus à la population environnante et aux commerçants des marchés. Avec le bénéfice issu des ventes, les deux époux achètent de nouvelles terres. Ils prennent une autre portion de terre au quartier Nyalla.

Au fur et à mesure, les Kameni achètent quatre hectares au village Sikoum et d’autres au lieu-dit Pendaboko, non loin de la localité de Souza. « Nous avons 10 hectares aujourd’hui. Sept nous appartiennent et nous louons les trois hectares restants a des particuliers», confie William Kameni. Ce père de six enfants, qui croit en Dieu et lui confie tous ses problèmes et ses espoirs, est aujourd’hui multimillionnaire.

D’ailleurs, lorsqu’on lui demande son chiffre d’affaires, il réfléchit un instant avant de lancer: « mes terres et tout le reste (entendez produits des plantations, ndlr) valent aujourd’hui plus de 12 millions ».

Cet homme qui a appris un peu de Gestion et de Comptabilité compte aussi sur les bénéfices issus des ventes pour payer aussi ses employés permanents, et saisonniers qu’il prend lors des récoltes.

Pionnier dans la tomate à Douala

Une confidence du cultivateur: que ce soit les pastèques, les tomates, légumes et condiments qu’il cultive, s’il investit un million de Francs par exemple, il s’attend «toujours à obtenir le double » lors des récoltes. « La terre trompe difficilement, reconnait William. Il faut oser et innover. Lorsque je suis arrivé à Douala, on n’y pratiquait pas la tomate car, c’est une culture qui se fait à l’Ouest et dans le Sud-ouest. J’ai consulté des agronomes, pris des cours et commencé en 2008», relate-t-il, avant de poursuivre: «Il faut maitriser la texture du sol car ici, le sol est beaucoup plus argileux et sableux contrairement à l’Ouest où le sol est compacte.

Il faut donc nourrir le sol avec des éléments comme les fientes et engrais organiques qui jouent les rôles mécanique et nutritionnel, ce qui pallie la carence du sol ». De nos jours, il cultive la tomate deux fois l’année.

Malgré ces succès, William n’hésite pas, lors des foires et comice agropastoral, à sensibiliser les jeunes et leur prodiguer des conseils. Il veut leur apprendre en « peu de temps», ce qu’il a appris durant plus de 10 ans. « Faire l’agriculture ne veut pas dire qu’on a forcement été à l’école.

Il suffit d’avoir la santé et la force physique. En allant de réussite en réussite, on s’égare sans s’en rendre compte. Les difficultés façonnent l’homme. J’ai formé une centaine de jeunes. Certains ont abandonné les mototaxi pour travailler avec moi. D’autres ont aujourd’hui leur propre champ », se réjouit-il. William compte aussi, dans les prochaines années, exporter ses produits à l’extérieur du Cameroun. Avant la fin de l’année, il se lancera dans l’élevage, avec une ferme d’environ 10 000 poulets de chair. Ce n’est encore qu’un projet. Mais, William sait qu’avec le chemin parcouru, il résistera contre « vents et marées », aux difficultés qu’il rencontrera.

Josiane Kouagheu à Sikoum

PANAFRICAIN TV

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here