Un des obstacles au développement de mon pays est cette fameuse question de la dette extérieure. Mon pays sait que cette dette lui a été conseillé, imposée dans un piège infernal par ceux qui, aujourd’hui, à notre égard, sont d’une intransigeance et d’un cynisme que seuls leurs portefeuilles comprennent. Le Burkina Faso sait que la dette extérieure est un cercle vicieux dans lequel on veut l’enfermer : s’endetter pour payer ses dettes et s’endetter encore. Pourtant le Burkina Faso veut en finir avec cette situation. Cependant il sait que seul, il n’y pourra rien, ou presque rien. Il lui faut au moins quinze autres pays pour qu’ensemble nous résistions victorieusement.

Le Mouvement des non-alignés compte plus de cent membres ! Lorsque les pauvres se seront mobilisés, à l’instar de l’OPEP (groupe des pays producteurs de pétrole), ils imposeront aux riches leur loi. On peut être sûr que ce ne sera qu’une loi de justice. Alors, l’économie mondiale se réorganisera d’elle-même. Il y a vingt-cinq ans que nous parlons d’un Nouvel ordre économique international. Allons-nous attendre encore vingt-cinq ans de vaines supplications ?

Désarmement, paix et développement sont des notions intimement liées pour les non-alignés. On ne peut vouloir sincèrement l’un, sans lutter pour les autres.

Le développement ayant comme préalable la fin de la famine, de l’ignorance et de la maladie. C’est en cela que nous souhaitons que la Journée mondiale de l’alphabétisation, célébrée le 8 septembre de chaque année, soit une occasion de profondes réflexions pour tous les membres sincères du Mouvement. L’analphabétisme doit figurer parmi les maux à éliminer au plus tôt de la surface de notre planète, afin de favoriser l’avènement de lendemains meilleurs pour nos peuples. C’est en cela que l’action de l’UNESCO est et restera irremplaçable.

Ce sont les faiblesses objectives du Mouvement qui expliquent notre incapacité à nous en tenir aux principes, et qui provoquent notre instabilité liée au rapport de forces international du moment et aux pressions réelles des puissances impérialistes qui téléguident les positions d’Etats théoriquement indépendants et non-alignés. Ce sont ces faiblesses qui font que le choix d’un pays pour abriter le neuvième Sommet est un cauchemar pour ceux qui rejettent le non-alignement et s’alignent derrière les puissances qui minent les eaux territoriales des autres, bombardent des villes, envahissent les territoires d’autrui, imposent des régimes politiques et destituent d’autres, financent des mouvements créés, organisés et encadrés par eux, parce qu’ils sont simplement les plus forts.

Le Burkina Faso aurait pu être candidat pour abriter notre neuvième Sommet. Ce n’est pas la préoccupation du manque d’infrastructure d’accueil qui nous retient. Ce n’est pas non plus la règle non écrite de l’alternance des continents qui s’impose à nous. C’est tout simplement parce que nous pensons qu’il existe un peuple qui souffre plus que 1 nôtre et qui mérite de ce fait, plus que nous, d’abriter ce Sommet : le Nicaragua, plus qu’aucun autre pays aujourd’hui, connaît le prix du non alignement. Il paie quotidiennement ses courageuses options par le sang et la sueur.

Si la Conférence des non-alignés apporte quelque chose à L préparation de la victoire du pays qui l’accueille, alors, nul doute que nous nous rendrons à Managua pour soutenir le Nicaragua, le réconforter dans sa lutte et lui permettre de garantir défectueusement à ses agriculteurs de travaux agricoles paisibles, à ses enfants d’aller en classe sans la hantise des attaques contre-révolutionnaires, à tous ses habitants de passer de nuits paisibles.

Le Mouvement des non-alignés doit survivre, gagner. Des milliers d’hommes et de femmes lui vouent leur espoir, des générations de jeunes du Tiers Monde ont vu naître le Mouvement des non-alignés dans l’euphorie et la passion. Ils ne se sont découragés que plus tard. Faisons en sorte que les générations à venir qui connaissent moins notre Mouvement le découvrent par les victoires qu’il va amonceler !

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! Je vous remercie.

 

 

3 Septembre 1986

Thomas Sankara s’adresse au huitième sommet du Mouvement des pays non-alignés à Harare au Zimbabwe
Publié dans Carrefour africain du 12 septembre 1986.

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