« Personne n’aidera l’Afrique à se développer sinon les Africains »

Pour le milliardaire nigérian Tony Elumelu, le secteur privé africain « détient les clés pour débloquer le potentiel » du continent.

cet homme né au Nigeria dans une famille modeste porte une nouvelle vision de l’Afrique. En 2010, il a rédigé un manifeste sur l’africapitalisme – un concept de son invention que l’on peut résumer ainsi : une philosophie qui prône l’engagement du secteur privé dans la transformation économique de l’Afrique à travers des investissements de long terme, à même de créer prospérité et bien-être social. « Il faut cesser de ne voir notre continent qu’à travers la famine, la guerre ou le sida. L’Afrique d’aujourd’hui est composée d’entrepreneurs. De nombreuses personnes ont des idées brillantes pour changer la vie, mais elles manquent de moyens pour les mettre en oeuvre. Nous devons leur offrir cette chance », précise l’homme d’affaires.

Le message est clair. Depuis une décennie, la croissance du continent africain repart et la donne change : l’Afrique n’est plus le continent du désespoir. Et Tony Elumelu est un éminent représentant de cette génération des Guépards, décrite par l’économiste ghanéen et professeur à Washington George Ayittey. Ces félins sont ces Africains qui voient l’entrepreneuriat et l’innovation comme des moyens de réussite pour l’Afrique. C’est une manière de s’opposer frontalement au paradigme de la centralisation et du contrôle étatique propre à ceux que l’économiste nomme les Hippopotames et qui a été la norme depuis la décolonisation. Des success stories comme celle de Tony Elumelu « témoignent d’une nouvelle époque où la réussite économique se fait grâce à l’entreprise privée et au capitalisme pour atteindre la croissance », explique George Ayittey.

« Depuis mon enfance, j’ai toujours pensé que nous, les Africains, pouvions réussir comme les autres. Pour moi, ce n’était qu’une question de temps avant qu’on puisse le prouver au monde », confie le milliardaire. Issu de l’ethnie Ibo, Tony Elumelu a grandi à Jos, ville du centre du Nigeria. Ces dernières années, la ville s’est tristement fait connaître à cause des attaques régulières de la secte islamique Boko Haram. Pour la famille Elumelu, dont la mère était restauratrice et le père travaillait dans la construction, l’éducation de leurs cinq enfants est une priorité. Tony obtient un bachelor en économie de l’Ambrose Alli University puis un master, toujours en économie, de l’université de Lagos. Plus tard, il suivra un programme de management à la Harvard Business School. Mais c’est au Nigeria que sa carrière démarre. À 21 ans, il entre à la Union Bank of Nigeria, puis à la All States Trust Bank, où il restera sept ans.




Son credo : l’Afrique a reçu de l’aide internationale pendant des décennies sans obtenir de résultats. Il faut changer de stratégie pour le XXIe siècle. « Nous manquons d’entrepreneurs en Afrique. Les jeunes ont des idées, mais ils n’ont souvent ni la formation, ni le capital pour démarrer, ni les mentors pour les guider. Alors, je me suis dit que cela serait une excellente idée d’aider ces jeunes. Étant un entrepreneur qui possède le savoir-faire technique et l’expérience, j’ai décidé de former les autres », détaille-t-il.

La fondation propose des programmes de formation en leadership ou des stages dans les plus grandes entreprises. Elumelu est également très impliqué dans l’élaboration des politiques publiques avec les gouvernements africains, dont le Nigeria, pour aider à créer un environnement favorable pour le secteur privé. « C’est en leur offrant un avenir professionnel qu’on peut dissuader les jeunes les plus fragiles de rejoindre les groupes terroristes. Il ne suffit pas simplement de dire que le continent n’est composé que de criminels, il est aussi important de comprendre pourquoi les jeunes se comportent ainsi. »




À chaque déplacement, Tony Elumelu attire des contingents de fans. Certains jeunes Africains parcourent des kilomètres pour l’écouter, tenter de lui donner une carte de visite et même parfois – pour les plus habiles – décrocher un rendez-vous. Pour ceux qui ont des rêves d’entreprise plein la tête, Elumelu a lancé un programme très ambitieux, qui va consacrer 100 millions de dollars sur dix ans pour financer et accompagner 10 000 start-up africaines.

Pour cela, il a embauché une Indienne, Parminder Vir Obe, ancienne productrice de la BBC, pour diriger le projet (TEEP) lancé en décembre 2014. Aux quatre coins du monde, elle doit prophétiser l’africapitalisme, le professionnalisme en plus. « L’aide ne suffit plus. l’Afrique a besoin d’investissement et elle a besoin d’entrepreneurs. Le TEEP apporte ces deux éléments. Notre capacité à apporter du capital et le soutien nécessaire à ceux qui aideront l’Afrique à exploiter son énorme potentiel permet de créer des opportunités extraordinaires à travers le continent », confie-t-elle au Point. Le rêve de Tony Elumelu : que le Bill Gates du XXIe siècle soit africain.

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